Interpréter ses rêves : une méthode simple, pas à pas

Il y a près de 1 900 ans, Artémidore de Daldis, auteur d’un traité sur les rêves, les lisait déjà comme des jeux de mots : un satyre dansant sur le bouclier d’Alexandre devenait « Tyr sera tienne ».

Jeune femme endormie dans son lit, rêvant d'un paysage nocturne lunaire et d'un escalier menant à une porte lumineuse.

Pour interpréter un rêve, partez de ce que vous y avez ressenti, rattachez-le à ce qui occupait vos jours précédents, puis retenez deux ou trois détails dont vous cherchez le sens dans votre propre histoire. Les dictionnaires de rêves, Freud et Jung donnent des pistes de lecture, et c’est votre vécu qui les confirme ou les écarte. Cette page vous donne la méthode en quelques gestes, puis les repères sur ce que ces deux auteurs ont proposé et sur ce que la recherche permet d’affirmer. Elle dit aussi comment aborder un rêve qui revient ou qui semble annoncer quelque chose. Si votre rêve est encore là, c’est le bon moment pour le lire.

Au réveil, gardez le rêve avant de le comprendre

Restez immobile quelques instants, les yeux mi-clos, et laissez revenir les images sans les chasser. Puis notez tout de suite ce dont vous vous souvenez, même un détail minuscule ou une simple impression, car un souvenir de rêve s’efface en quelques minutes si on le laisse seul. Papier ou notes du téléphone, peu importe, et une image en appelle souvent une autre pendant que vous écrivez. Gardez aussi l’émotion avec les images : « inquiétude », « soulagement » ou « honte » sont des notes aussi précieuses qu’un décor. Ce carnet où l’on consigne ses rêves au réveil s’appelle un journal de rêves, et il sert autant à retenir un rêve qu’à comparer plus tard plusieurs nuits entre elles.

Une méthode en quatre questions

Quand le rêve est écrit, posez-vous ces quatre questions dans l’ordre. Quelques minutes suffisent pour la plupart des rêves.

1. Qu’ai-je ressenti ?

Commencez par l’émotion, avant toute image. Ce que vous avez éprouvé dans le rêve, puis au réveil, oriente la lecture plus sûrement qu’une liste de symboles, parce qu’une même scène change de sens selon celui qui la vit. Imaginez que vous retrouviez la maison de votre enfance : l’un en sort apaisé, l’autre se réveille avec la gorge serrée, et ces deux rêves ne racontent pas la même chose. Nommez l’émotion en un mot, et notez si elle a changé en cours de route ou au moment de vous réveiller.

2. Qu’est-ce qui occupait mes jours ?

Revenez sur les deux ou trois jours qui précèdent, et cherchez une décision à prendre, une tension, une rencontre ou une grande fatigue. Carl Gustav Jung, psychiatre suisse, voyait là le point de départ de toute lecture. Dans ses notes de séminaire de 1936 à 1941, publiées sous le titre Sur l’interprétation des rêves, il décrit le rêve comme une réaction à la situation que l’on vit éveillé. Cette réaction prend deux formes. Le rêve peut reprendre le contenu de la journée, ou le compenser, c’est-à-dire montrer ce que votre attitude du moment laisse de côté. Si vous avez affiché de l’assurance toute la semaine devant votre équipe, vous pouvez rêver que vous cherchez vos mots devant une salle vide, et la scène compenserait alors un doute que vous ne vous êtes pas laissé le temps d’écouter.

3. Quels détails ressortent ?

Un rêve compte souvent bien plus d’éléments que vous ne pouvez en interpréter, et deux ou trois seulement vous retiennent. Gardez ceux qui reviennent à votre esprit dans la matinée ou qui ont déclenché l’émotion de la première question. Le reste peut attendre.

4. Que représentent-ils pour moi ?

Pour chaque détail retenu, écrivez les premiers mots, souvenirs ou visages qui vous viennent, sans trier. Un chien peut rappeler le compagnon fidèle de votre enfance, ou une morsure reçue à sept ans chez une autre personne, et vous seul savez lequel des deux sonne juste. Quand rien ne vient, laissez ce détail de côté et passez au suivant. Ce qui reste de ces quatre questions tient en une ou deux phrases, par exemple « ce rêve parle de ma peur de décevoir, à propos de la décision de jeudi ». Cette phrase est une piste que vous pourrez confronter aux lectures de Freud, de Jung ou d’un dictionnaire.

Ce que valent les dictionnaires de rêves

Un symbole n’a pas le même sens pour tout le monde. Certains naissent de vos souvenirs et de vos relations, d’autres sont partagés au sein d’une culture, et ce sont ces derniers que les dictionnaires de rêves tentent de rassembler. On les appelle des clés des songes : des répertoires, classés par ordre alphabétique ou par thèmes, qui attribuent une signification à des milliers d’objets, d’animaux et de situations vus en rêve. Selon les historiens, les Sumériens de Mésopotamie ont laissé des traces d’interprétation des rêves qui remontent à au moins 3100 avant notre ère. L’historienne Yannick Ripa note que ces répertoires se sont beaucoup multipliés au XIXe siècle.

Chaque civilisation attribuait à une même image le sens que lui donnaient ses propres croyances, et c’est pourquoi un dictionnaire donne une liste d’hypothèses plutôt qu’une réponse. La bonne hypothèse est celle qui fait écho à l’émotion que vous avez notée en premier. Cet art d’interpréter les rêves porte un nom, l’onirocritique, et il se pratique depuis toujours de deux façons, seul face à soi-même ou avec un spécialiste. Pour chaque image, les pages « rêver de… » du dictionnaire des symboles de rêve proposent plusieurs lectures à comparer avec votre phrase de la question 4.

Freud et Jung : deux manières de lire un rêve

Sigmund Freud publie en 1900 son grand ouvrage sur l’interprétation des rêves. Pour lui, le rêve exprime un désir, souvent un désir qu’on ne s’avoue pas, et il l’exprime sous un déguisement. D’où sa méthode : lire le rêve comme un rébus, c’est-à-dire décomposer ses images en éléments, puis relier chacun à ce qui vient à l’esprit quand on y pense, sans tri ni censure. Cet exercice porte le nom d’association libre. Il suppose parfois de se demander si un mot du rêve en cache un autre, comme « mer » que l’oreille confond avec « mère ». Freud reconnaissait lui-même dans l’exemple d’Artémidore, le satyre devenu « Tyr sera tienne », l’ancêtre de cette façon de faire.

Jung regarde ce que le rêve fait pour l’équilibre de la personne. Là où Freud cherche un désir derrière les images, Jung voit le rêve réagir à la situation du moment, en la reprenant ou en la compensant, comme vous l’avez vu plus haut. Il lui attribue deux autres rôles. Le rêve peut faire apparaître un conflit entre ce que vous pensez vouloir et ce qui travaille en vous sans que vous le sachiez. Il peut aussi ébaucher une évolution possible de la personne, ce que Jung appelle une fonction prospective. Il s’appuie en outre sur les archétypes, des modèles d’images partagés par l’humanité entière, comme la mère, le héros ou l’ombre, cette part de soi que l’on préfère ne pas regarder. Un personnage qui vous protège ou vous poursuit peut ainsi se lire comme une figure de ce genre.

Ce qui est établi : Freud et Jung ont publié ces méthodes, Artémidore a bien écrit son traité au IIe siècle, et les neurosciences étudient le rêve depuis les années 1960.

Ce qui reste une piste : le rêve comme désir déguisé, comme compensation ou comme figure d’archétype sont des cadres de lecture que des thérapeutes emploient encore. La recherche n’a pas démontré qu’ils décrivent ce que le cerveau fait quand il rêve, et un symbole se lit donc comme une hypothèse à confronter à votre vie.

Un rêve qui revient

Un rêve récurrent, c’est-à-dire un rêve qui se répète à l’identique ou presque, à des jours ou des mois d’intervalle, appelle la même méthode avec un geste de plus. À chaque retour, notez ce qui change et ce qui reste, puis ce qui se passe dans votre vie à ce moment-là. Il arrive qu’un lien apparaisse entre le retour du rêve et un type de situation, une période de forte pression par exemple. Ce retour est une piste de lecture et n’annonce rien. Si ce sont des cauchemars qui reviennent, cette page détaille les approches que proposent les spécialistes du sommeil. S’ils durent des semaines et abîment vos nuits, parlez-en à votre médecin.

Et les rêves dits prémonitoires ?

Aucune preuve scientifique ne montre que les rêves prédisent l’avenir. Dans l’Antiquité, Artémidore posait pourtant la question en distinguant deux familles : les « rêves » (enupnion), qui signifient selon lui le présent, et les « songes » (oneiros), qui annoncent l’avenir. Un rêve peut sembler s’être réalisé pour deux raisons. On rêve de ce qui nous préoccupe, et ce qui nous préoccupe finit souvent par arriver sous une forme ou une autre. Chaque nuit apporte aussi plusieurs rêves, dont on ne garde que celui qui a croisé un événement. Un cauchemar qui vous a semblé annoncer une mauvaise nouvelle s’explique de la même façon, car l’émotion forte en fixe le souvenir et le rend facile à rapprocher de l’événement après coup.

Si vous voulez savoir ce qu’il en est de vos propres rêves, datez-les dans votre journal avant tout événement. Au fil des semaines, vous verrez combien se sont réalisés et combien sont restés sans suite. La page sur le rêve prémonitoire détaille ces mécanismes, et vous pouvez entre-temps lire un tel rêve comme les autres, à partir de l’émotion et de votre vie du moment.

Pour aller plus loin

Pour un rêve long ou confus, la grille de lecture vous propose un cadre pour structurer l’analyse, étape par étape. Si vous préférez que votre rêve soit regardé avec vous, l’interprétation personnalisée permet de le soumettre. Et pour comprendre comment la nuit fabrique vos rêves, les neurosciences les étudient depuis les années 1960 et la page détaille ce qu’elles en savent.

Quel détail de votre rêve revient encore à votre esprit, maintenant que la journée est commencée ?

Questions fréquentes

Pourquoi oublie-t-on si vite ses rêves au réveil ?

Le cerveau fixe mal les souvenirs pendant le sommeil paradoxal, la phase où les rêves sont les plus vifs, et les chercheurs y voient la raison principale de cet oubli. Au réveil, l’attention se tourne en plus vers la journée qui commence et repousse les images. Qui sort d’un rêve en plein sommeil paradoxal, après un cauchemar par exemple, en garde un souvenir plus net, puisque le réveil a interrompu la scène.

Faut-il noter ses rêves tous les jours ?

Non, d’autant que beaucoup de matins n’apportent aucun souvenir. Notez les matins où un rêve vous reste, même en une phrase, avec la date et l’émotion. Quelques entrées par semaine suffisent pour que des liens avec votre vie se dessinent, et la pratique régulière aide en général à mieux se souvenir.

Combien de temps dure un rêve ?

Un rêve se déroule à peu près à la vitesse de la vie éveillée. Les phases de sommeil paradoxal durent une dizaine de minutes en début de nuit et peuvent atteindre une demi-heure vers le matin, ce qui donne des rêves plus longs en fin de nuit. Au total, un adulte passe environ un quart de sa nuit en sommeil paradoxal.

Tout le monde rêve-t-il chaque nuit ?

Oui, presque tout le monde rêve plusieurs fois par nuit, y compris les personnes qui disent ne jamais rêver : elles n’en gardent simplement pas le souvenir. On rêve surtout en sommeil paradoxal, mais aussi, de façon plus discrète, pendant les autres phases du sommeil.

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À propos de l’auteur
Bonjour, je m’appelle Maël et j’ai créé le Dictionnaire des Rêves pour aider chacun à mieux comprendre le contenu de leurs rêves. J’explore depuis des années la symbolique, la psychologie et les émotions liées aux rêves, et j’ai développé une méthode d’interprétation simple et accessible centrée sur l’expérience du rêveur.
Mon objectif est de vous offrir une grille de lecture pour vos rêves. J’espère que ce site vous aidera à éclairer vos nuits.
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